_ Qui êtes vous monsieur Nicol?

_ Un homme libre, forgé par mes racines bretonnes et mon expérience de l'étranger.

_ Certes, mais encore.. Prenons les choses par le commencement. Où et quand êtes vous né?

_ C'était un 6 février de l'année 1954. J'étais sorti un mois plus tôt du ventre de ma mère. Peut être déjà une envie de voyages et d'aventures.

_ Oui, et où?

_ Tananarive, capitale de la grande île malgache. A l'époque, c'était une colonie et mon père était juge de brousse.

_ C'est à dire?

_ Eh bien dans les villes on appliquait la loi française et dans les villages le droit local. C'est ainsi qu'il partait le matin en jeep avec un planton et rendait la justice en brousse..

_ La Bretagne semblait fort loin de vos "racines" !

_ Détrompez vous: elle était au coeur du quotidien. j'ai vécu dans un environnement de bols et de faiences bretonnes, de statuettes de sonneurs et de danseurs sur le buffet de la salle à manger. Et à Noël, ma grand mère quimpéroise nous envoyait un colis dans une boite à gâteaux où elle avait mis des chaussettes de laine qu'elle avait tricotées elle même et des crêpes qu'elle avait spécialement fait faire à la crêperie du coin. Je vous laisse imaginer la forme des crêpes après un mois de voyage en bateau...Pourtant je ne savais pas encore que j'étais breton.

_ Quand avez vous quitté cette zone?

_ En 1960. C'était l'indépendance et mon père souhaitait regagner la Bretagne. Hélas, à cette époque, les acieries tournaient à fond dans le Nord et on y expédiait tous ceux qui cherchaient du travail. C'est ainsi que je suis arrivé à Maubeuge.

_ Comment s'est faite l'adaptation?

_ Un peu difficile au début. Nous nous sommes retrouvés dans un appartement; en hiver il neigeait et je ne connaissais pas cela et par ailleurs les copains parlaient un patois étrange que j'avais souvent du mal à comprendre. C'est à ce moment là que j'ai commencé à prendre conscience de ma différence. Ceci dit, dans ma classe, il y avait des Le Brun, Le Meur, Le Guennec, Le Borgne,... bref, d'autres expatriés sur la route du travail.

_ Vous êtes restés longtemps là bas?

_ Tant que mes parents y travaillaient. Puis j'ai passé le concours de l'école normale pour devenir instituteur. Un peu par hasard. A cette époque, le concours se passait en classe de 3ème. Alors ça ou autre chose! Je n'avais pas encore fixé de but à ma vie.Un jour j'ai entendu une chanson des Tri Yann: "la découverte ou l'ignorance" et pour moi ce fut le déclic. Mon seul objectif fut alors de trouver le moyen de retourner vivre et travailler en Bretagne.

_ Y êtes vous parvenu?

_ Indirectement; le chemin du Nord à la Bretagne n'est pas une ligne droite. Je suis passé par le Maroc où j'ai effectué deux ans de service militaire, puis l'Inde où l'on avait besoin d'un instituteur ayant une maitrise de français ou d'anglais. Là bas j'ai travaillé pendant 3 ans à Madras puis on m'a proposé de créer l'Alliance française de Chandigarh au Pundjab. Cette expérience de direction m'a été utile pour un autre poste en Arabie Saoudite où pendant 6 ans j'ai dirigé le centre culturel français de Djeddah. Entre temps j'avais passé le CAPES d'anglais et à mon retour j'ai été affecté dans un village de l'Ain. J'avais perdu le goût de l'enseignement et me suis naturellement dirigé vers le concours de chef d'établissement. Une fois celui ci réussi j'ai demandé et obtenu un poste en Bretagne.

_ Et c'est là que vous avez commencé à écrire?

_ Non, j'avais déjà rédigé des nouvelles dans le magazine publié par l'association des Français de Djeddah. Mon pseudo à l'époque, c'était CADOUDAL. C'était un travail bénévole mais j'y avais pris beaucoup de plaisir. En m'installant dans ma maison de Sainte Marine, je me suis demandé si j'étais capable de tenir un lecteur en haleine sur deux cents pages.

_ Et ce fut "Mystère en Finistère"?

_ Exact. Mon premier roman. Il a eu un assez bon succès avec près de 10.000 exemplaires vendus et a été repris ensuite par mon nouvel éditeur sous le titre que je lui avais donné:" l'étrange secret de Marie Cloarec".

_ D'où vous est venue l'idée d'un héros qui soit "écrivain public"?

_ C'est assez simple. J'avais envisagé, une fois en retraite, d'exercer cette profession histoire de rencontrer des gens et de continuer à faire travailler ma tête. Progressivement j'en suis venu à l'idée que ce pouvait être un personnage central de roman, d'autant qu'à ma connaissance, personne à ce jour n'avait utilisé un écrivain public comme héros. L'intérêt de ce type de personnage, c'est que tout lecteur peut s'identifier à lui. Par ailleurs je ne connais rien aux arcanes de la police. Il m'était donc plus judicieux de faire appel à un personnage non prédestiné à réaliser des enquêtes et condamné par les circonstances à réagir.Gwenn est par essence curieux en tant qu'ancien journaliste et il tombe toujours sur des informations qu'on aurait préféré lui cacher. Mais evidemment, il ne se laissera pas faire.

_ Dites moi monsieur Nicol, Gwenn Rosmadec, qui a baroudé un peu partout, c'est un peu vous n'est ce pas?

_ On ne peut rien vous cacher. Du reste j'écris d'abord avec mes tripes avant de chatouiller les touches de l'ordinateur. Mais au fil des romans, Gwenn a commencé à prendre une certaine autonomie. Sa personnalité s'est étoffée, comme d'ailleurs celle des autres personnages..

_ Où en êtes vous de votre production?

_ J'ai publié 4 romans chez Bargain et je sais gré à Alain Bargain de m'avoir mis le pied à l'étrier.. J'ai envie de donner davantage d'ampleur à mes histoires et de faire voyager Gwenn et Soazic.

- Vous quittez la Bretagne?

- Non. Sainte Marine sera toujours le point de départ des aventures de mes personnages. Mais j'ai envie de communiquer mes expériences outre mer . J'ai donc écrit une aventure de Gwenn à Mayotte (Le sonneur noir du bagad Quimper). Puis j'ai puisé dans mes souvenirs indiens pour rédiger "Le Bouddha bigouden". Mon passage en Arabie saoudite aura produit "Des babouches à Esquibien".. D'autres projets vont nous mener à Malte, au Canada et en Martinique, au grès de mes propres vagabondages. Voyez vous, le premier plaisir c'est celui de l'écriture. Quand je suis avec mes personnages, je voyage dans leur monde et souvent ce sont eux qui me guident sur le chemin qu'ils ont tracé.

- Vous êtes passé à la publication numérique?

- Oui. développement logique de mes réflexions. Il fallait mettre le livre au moindre coût pour lelecteur et s'assurer qu'il pouvait avoir une diffusion mondiale. Avec mon nouvel éditeur "Les éditions du 38", c'est chose faite. Mais nous envisageoons une impression au format papier "à la demnde" pour les incinditinnels de ce type de support.

_ Espérons que cette décision nous permettra bientôt de connaître d'autres aventures de Gwenn Rosmadec. En tous cas c'est tout le bien que je vous souhaite monsieur Nicol.

_ Merci et peut être à bientôt! Kenavo!

 

 

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